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Les origines de la presse française

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 Dès la préhistoire, l’homme a souvent eu besoin d’informations sur le monde qui l’entoure.

D’abord verbale, la transmission des nouvelles a été organisée de diverses manières de par le monde : signaux de fumée, tam-tam, pigeons voyageurs, coursiers…

L’apparition de l’écriture, il y a plus de 4000 ans, permet d’exprimer une idée, de laisser une trace de l’activité intellectuelle et met fin à la Préhistoire.

Cinquante ans avant notre ère, des journaux romains paraissent chaque semaine. On y trouve l’actualité officielle, des faits-divers, des évènements sensationnels, des mariages et décès, des nouvelles artistiques et militaires. Trois cent esclaves recopient dix mille exemplaires de la Chronique des Nouveautés à Rome.

Dès le treizième siècle, des écrits à la main commencèrent à se répandre en Europe. Ils sont souvent liés au commerce car la fortune d’un négociant dépend des informations dont il dispose sur la situation des régions où pays avec lesquels il travaille. Les banquiers lombards et les marchands de la Hanse prirent l’habitude d’informer des principaux évènements politiques et économiques leurs correspondants et leurs comptoirs par des feuilles manuscrites appelées avisi en Italie et zeitungen en Allemagne.

 La première gazette française est l’œuvre des libraires protestants Vendosme et Martin. Les Nouvelles Ordinaires de Divers Endroits voient le jour à Paris, dès janvier 1631. Au mois de mai 1631, paraît la Gazette. Le médecin Théophraste Renaudot, protégé de Richelieu, fait interdire la précédente publication et reçoit du pouvoir le monopole de l’information imprimée sous réserve d’insérer dans ses colonnes les articles proposés par le pouvoir. Une feuille d’annonces et des extraordinaires complètent la Gazette qui paraîtra jusqu’au 20è siècle.

En 1632, Renaudot ajoute un mensuel à ses journaux : Relations des Nouvelles du Monde. Le titre interdit refait surface sous le titre de Nouvelles Ordinaires et, à partir de 1633, un périodique scientifique, le Recueil des Conférences du Bureau d’Adresse, est en passe de voir le jour. A la mort des frères Richer, notre journaliste poursuivra même l’impression du Mercure Français.

La concurrence est rude et le piratage de la Gazette gêne les affaires. On peut, en achetant un droit, imprimer avant tout autre une édition régionale du journal parisien en province et y ajouter quelques informations. La presse moderne est née.

Pendant la Fronde de 1649, Renaudot doit fuir Paris et suivre la famille royale pour conserver son privilège. De nombreuses mazarinades se moquent du journaliste qui a fui la capitale telle «  La Conférence secrète du Cardinal Mazarin avec le Gazetier : Monsieur Renaudot mon bon ami, c’est maintenant, plus que jamais, que j’ai besoin de tes inventions et de ta plume. Tu vois l’état où je suis réduit, tu vois l’orage qui s’est élevé. Il ne faut pas de moindre adresse que la tienne pour en détourner l’effort… Je vois bien qu’un singe est toujours singe, qu’un flatteur et un menteur ne sauraient faire un autre métier…Il est question d’ôter de l’esprit des peuples les mauvaises impressions qu’il a conçues de mon ministère. Il faut chercher des inventions pour les séparer d’avec le Parlement et d’avec les Généraux pour les irriter contre les uns et autres, leur faire croire que je les ai grandement soulagés, que si je quitte la conduite, ils sont tous perdus… »

Renaudot, au cas où, charge ses fils restés à Paris, d’imprimer un périodique favorable à la Fronde : le Courrier Français. Critiques, problèmes financiers et familiaux usent le grand homme qui s ‘éteindra dans la pauvreté en octobre 1653. Ses enfants poursuivront son œuvre.

La Gazette imprimée à Paris tirait à 1200 exemplaires environ. On y apprend ainsi l’exécution du Duc de Montmorency qui, devenu pour un temps, l’allié de Gaston, frère du Roi, complote avec lui : « De Brive, le 8 novembre 1632 ~ Il sera malaisé que vous n’ayez entendu l’éclat d’un si grand coup qu’est celui de la mort du Duc de Montmorency en suite de l’arrêt contre lui donné à Toulouse, le trente du passé en la trente-huitième année de son âge, trois ans et trois mois après avoir eu le bâton de maréchal, deux mois moins deux jours après sa prise, laissant une femme sans enfant… »

La même année 1632 voit paraître un mensuel intitulé Relations des Nouvelles du Monde. Renaudot présente ainsi sa publication : » Suivant l’ordre que je tiens de vous éclaircir ce qui est obscur et amplifier ce qui est trop concis en mes gazettes et nouvelles, à la fin de chaque mois. Vous aurez en celui-ci, après un bref récit de l’état universel des affaires de ce temps ».

Plusieurs sujets sont traités sur 8 pages. Voici, par exemple « Ce qui s’est passé à l’arrivée de Monsieur devant Dijon ». On sait que le frère du Roi voulant toujours être calife à la place du calife, enchaînait les trahisons loupées, soutenu par sa mère qui complotait avec un égal talent. Souhaitant s’abriter dans la ville de Dijon après un nouvel exploit voici « L’Extrait de la réponse faite par lesdits Maire et Echevins : ils ont reçu avec tout le respect qu’ils ont pu, la lettre qui leur a été rendue par un Trompette de la part de Monsieur. Ils n’ont que la seule garde de la ville pour le Roi et il ne leur appartient pas d’ouvrir les paquets qui leur viennent d’autres que Sa Majesté… » Suivent, sur trois pages, les copies des différentes lettres et réponses des uns et des autres.

 Les Nouvelles Ordinaires paraissent entre deux numéros de la Gazette, chaque semaine. Elles contiennent, le plus souvent, des informations étrangères : «  De Brème ~ La plupart des familles de la campagne se réfugient avec leurs meubles en cette ville dont les magistrats ont encore donné, cette semaine, des commissions à quatre nouveaux Capitaines pour lever promptement des troupes… »

Les Extraordinaires voient le jour uniquement lorsqu’un événement inattendu et important mérite d’être connu des lecteurs : « Extraordinaire du 23 février 1636, contenant les particularités de la défaite de sept régiments et six cents mousquetaires Saxons par les Suédois. La prise de la ville de Wessen-Hoven sur les Espagnols par les Hollandais… »

Le Bureau d’Adresse parisien qu’inaugura Renaudot en 1630, fut à l’origine un office de placement où l’on venait rechercher du travail, partager les frais d’un voyage…Le médecin qui s’occupa beaucoup des pauvres, voulut également vulgariser le savoir et l’étendre aux bourgeois et à ceux qui n’avaient pas les moyens d’acheter des livres, voire même à ceux qui, très nombreux, ne savaient pas lire. Chaque lundi soir, des conférences furent organisées au cours desquelles les savants du temps présentaient des avis sur les sujets les plus variés tels les atomes, du scorbut, si la conversation des femmes est utile aux hommes, du galimathias, qui a été le premier fait, de l’œuf ou de la poule, s’il vaut mieux citer les auteurs ou s’en abstenir…  Voyons brièvement le contenu de la trois cent quarantième conférence du 14 juillet 1642 sur l’Antipéristaze : « La nature ne s’est pas contentée de donner l’être aux choses qu’elle a produites ; elle leur a imprimé une puissante inclinaison à le conserver, en les fortifiant contre les assauts de leurs contraires, dont la présence les aiguise tellement, qu’ils en deviennent beaucoup plus actifs. Ce qui ne se justifie pas seulement dans les êtres animés comme sont les plantes et animaux qui résistent vigoureusement à tout ce qui leur est nuisible, par une vertu si forte, qu’on a été contraint de lui trouver un nom tout particulier, appelé Antipathie, mais aussi aux autres corps inanimés qui se défendent généreusement lorsqu’ils sont attaqués par des agents externes, dont les qualités contraires venant à les combattre, ils redoublent leurs forces et les ramassent. C’est ce que les Philosophes appellent Antipéristaze, qui est une résistance vigoureuse du sujet, causée par la contrariété d’un agent qui l’environne de toutes parts… »

Renaudot notait tout et publiait, tous les deux ans, un recueil appelé Centuries que l’on peut considérer comme l’ancêtre du périodique scientifique. En cette rentrée 2006, ayons une pensée pour ce grand homme qui nous a quitté il y a plus de…350 ans.

Vous pouvez retrouver d’autres périodiques anciens sur le site http://www.sagapresse.com ainsi que des fiches d’activités visant à favoriser l’expression orale et écrite sur le site http://site.voila.fr/pedagopresse1

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Mise à jour le Lundi, 16 Août 2010 13:41